Et alors son maître doit lui faire mener le limier en quête avec lui, le matin, et lui enseigner ce qui distingue le pied du cerf de celui de la biche, comme je dirai, et le pied d’un grand cerf de celui d’un jeune, et celui d’un jeune cerf de celui d’une biche, et quand il y en a jugement et connaissance. Et pour mieux s’en instruire, il doit avoir un pied de grand cerf, un pied de jeune cerf et un pied de biche et les mettre en terre dure et puis en molle, et tantôt les bien enfoncer en terre comme si l’animal fuyait, tantôt les appliquer doucement comme s’il allait au pas. Et ainsi il pourra voir les différences qui sont aux pieds et trouvera qu’il n’est nul cerf si jeune, pourvu qu’il ait six cors ou plus, qui n’ait le talon plus large et meilleur et l’os plus gros qu’une biche, et volontiers plus longues traces. Toutefois, il y a des biches bien marchantes qui ont la sole aussi large qu’un jeune cerf qui portera six cors; mais le talon et les os ne sont ni si gros ni si larges. Et aussi le vieux et grand cerf fait meilleure sole de pied et meilleur talon, et meilleur os, et plus gros, et plus large, que ne fait un jeune cerf ou une biche. En mettant en terre, comme j’ai dit plus haut, les pieds des cerfs et des biches, le valet pourra connaître mieux que je ne saurais dire ce qui les distingue. La biche a aussi d’ordinaire les traces plus creuses qu’un jeune cerf et l’ongle de devant plus ouvert. On juge donc que le cerf est chassable, car des autres il ne m’en chaut, d’après le talon gros et large et la sole du pied grande et large, les os gros et larges et la pointe du pied ronde. Et j’ai bien vu grand et vieux cerf qui avait de bien creuses traces, mais cela n’a pas d’importance, pourvu que les autres signes dessus dits y soient. Car les traces creuses et profondes, si les signes dessus dits y sont, n’indiquent pas autre chose qu’un cerf qui aura vécu dans un pays sans pierres ou qui n’aura guère été chassé. Je lui veux aussi apprendre que, s’il rencontre un tel cerf qui aura les signes dessus dits et qu’on lui demande quel cerf c’est, il pourra répondre que c’est un cerf chassable de dix cors, où il n’y a point de refus. Et s’il voit un pied de cerf qui ait les signes dessus dits et que tous les signes soient bien grands et larges, il peut dire que c’est un cerf qui autrefois a porté dix cors. Et s’il voit encore les signes plus grands et plus larges il peut dire que c’est un grand et vieux cerf, et c’est tout ce qu’il peut dire du cerf. Je lui veux aussi apprendre à appeler le pied du cerf les voies et celui du sanglier les traces, et aussi ce que signifient routes et erres, car c’est tout un. Les erres sont les traces laissées par une bête, soit récemment, soit il y a longtemps; les routes aussi sont les traces de son passage.